Grand Plongeoir

 » Ce n’est pas si courant en chanson française : une sincérité désarmante, étrangement mêlée à une assurance convaincante surgissent d’emblée. Grand Plongeoir débute par L’abonnée absente, une confession qui pourrait tenir lieu de socle narratif à ce deuxième album : “J’ai l’écriture volage, rien ne se fixe vraiment”, scande Yves marie belloT de son timbre clair et doux-amer. La rythmique est enlevée, la mélodie accrocheuse et les textes, portés par une fausse nonchalance, naviguent entre mélancolie et humeur espiègle. L’auteur-compositeur-interprète donne donc le ton dès le premier titre de cet album. La couleur musicale acoustique épurée répond ici à des arrangements subtils et foisonnants, sur les onze chansons intimistes et pourtant si universelles qui jalonnent le disque.

De formation classique, Yves marie belloT s’est au fil des années et au gré des rencontres enrichi de multiples expériences pop, rock, ou encore trip-hop, avant de se lancer en solo en 2017 avec un premier opus, Maladroits Ordinaires. Les dés étaient jetés, et l’univers tantôt léger et gracile, tantôt profond d’ Yves marie belloT pouvait se déployer. Depuis, le musicien a remisé ses gains artistiques et émotionnels sur un autre coup de dés : il a repensé sa façon d’écrire, de composer et d’arranger ses chansons. “J’ai passé trois ans à chercher et à écouter beaucoup de musique pour trouver la manière dont je voulais que ce disque sonne”, confie-t-il. Et le résultat est bluffant de maîtrise. 

Chaque recoin mélodique, chaque couche harmonique de Grand Plongeoir donne à entendre une sensibilité profonde sur le fond, et une précision sidérante pour la forme. Des effluves du Old Man de Neil Young sur la rythmique de L’Horloge qui s’arrête au crève-coeur L’âme et la vertu – que n’aurait pas renié Dominique A – en passant par Le Candide au grand coeur et sa ritournelle entêtante, la voix caressante du chanteur se fait parfois plus incisive et percutante. En filigrane de l’album, les choix de vie, les émotions charnières qui tissent l’existence sont autant de thématiques habilement décortiquées. “Je n’arrive pas à passer la deuxième”, déplore Yves marie belloT sur Les Sémaphores, pépite folk au groove imparable… Si les maux mis en mots sont savamment placés, on ne peut que lui rétorquer que si, Grand Plongeoir est une preuve irréfutable que Yves marie belloT est bel et bien parvenu à passer la vitesse supérieure avec cet album.

Sensible, galvanisant, malin et adroit, ce cru 2020 résonne comme la pierre fondatrice d’une oeuvre solo intense en éclosion, à l’avenir qu’on devine aisément réjouissant. « 

Arnaud de Vaubicourt